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La « question Roms » vue d’Europe Centrale

par Maria Kozarova

Au cours des années précédant l'adhésion des pays d’Europe centrale à l’Union (Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, Hongrie et République tchèque), la communauté européenne a dénoncé les conditions de vie inacceptables ainsi que l'exclusion sociale de la minorité Roms qui y vivait. Alors que ces pays sont aujourd’hui membres à part entière de l'Union Européenne, il semble qu’ils n’aient pas réussi à résoudre la question Roms. En effet, cette population continue de vivre dans des communautés fermées, des bidonvilles isolés, dans des conditions sanitaires déplorables et sans emploi.
La présidence hongroise de l'Union Européenne qui commencera en janvier 2011 constitue un nouvel espoir dans la recherche pour une solution européenne à la question Roms. La Hongrie, qui concentre une minorité importante de Roms a une grande connaissance des enjeux relatifs à la question Roms et pourrait donc représenter à la fois les intérêts des Etats d'Europe centrale mais aussi ceux de sa communauté Roms pour trouver une solution européenne à cet enjeu.
Une population Roms toujours marginalisé
L'expulsion de Roms du territoire français vers la Roumanie et la Bulgarie durant l’été 2010 a une fois de plus focalisé l'attention de toute l'Europe sur cette importante minorité européenne. Les média européens et mondiaux ont ainsi largement souligné les problèmes auxquels cette minorité doit faire face dans sa vie quotidienne, des problèmes que leurs pays d'origine n'arrivent pas à résoudre, malgré d’innombrables efforts.
La majorité des Roms vivant dans ces bidonvilles en Europe centrale est presque totalement financièrement dépendante des prestations sociales, et l'analphabétisme intergénérationel les exclut de fait du système éducatif. Seul un très petit nombre parvient à terminer des études secondaires. Parallèlement, le taux statistique de Roms impliqués dans des comportements criminels est significativement plus élevé que pour le reste de la population.
Malgré de nombreuses années de cohabitation avec les peuples d'Europe centrale, les Roms demeurent encore des éléments externes et non désirées qui vivent en marge des sociétés, avec une perspective d'avenir très limitée. Et, les derniers événements sont apparus comme une occasion pour résoudre la question Roms en Europe centrale. Alors que ces pays semblent avoir épuisés tous les moyens à leur disposition pour intégrer cette population, leurs dirigeants politiques se sont empressés d'exprimer leur espoir en une réponse européenne à ce problème, qui est désormais un problème pan-européen.
Les espoirs en une réponse globale
Le ministre roumain des Affaires étrangères, T. Baconschi a ainsi insisté sur une coopération étroite entre Paris, Bucarest et l'Union Européenne pour résoudre les problèmes liés à la pauvreté et l'accès aux soins et l'éducation, point commun à tous les Roms européens. Et, bien que les Roms slovaques n'aient pas fait l'objet des expulsions, la Slovaquie espère être incluse dans une solution européenne commune pour aider cette population. Le ministre des Affaires étrangères de la Slovaquie Mikulas Dzurinda a annoncé lors d'une réunion à l'ONU avec Thorbjorn Jagland qu'il faut « s'assurer que tous les enfants suivent la scolarisation primaire, mais aussi secondaire ».
« Il ne s'agit pas d'une simple question des droits de l'homme. A mon avis c'est un enjeu culturel, que nous devons résoudre ensemble au plus vite. Il est important d'entamer un dialogue avec eux, car jusqu'à aujourd'hui on a essayé de trouver une solution sans les consulter. Il faut aussi leur faire comprendre que le fait d'être européen ne signifie pas uniquement des droits mais aussi des responsabilités. »
Selon un représentant diplomate de l'Europe Centrale travaillant au Conseil de l'Europe, cette attention, même négative, des média européens, va tout de même apporter aux pays d'Europe centrale la reconnaissance de ce sérieux problème dans toute l'Europe.
« Ça nous a permit de se rendre compte qu'on a besoin d'une solution européenne pour cette problématique, ce que les pays d'Europe centrale attendent depuis longtemps. Désormais, ce ne seront pas uniquement les pays d'origine des Roms qui se chargeront de cette problématique. Les Roms ne sont pas intégrés depuis des décennies, peut-être ne s'intéressent- ils pas à l'intégration. Pour cette raison il faut chercher une solution avec eux ».
Il affirme également que l'expulsion de Roms bulgares et roumains de la France, ont beaucoup résonné au sein du Conseil de l'Europe. Ce dernier a en conséquence organisé une réunion sur les Roms le 20 octobre dernier à Strasbourg, à laquelle étaient invités les 47 Etats membres du Conseil de l'Europe, des représentants de la communauté des Roms, ainsi que des fonctionnaires de l'Union Européenne. A l’issue de cette conférence, une déclaration a été adoptée pour réaffirmer les principes de non-discrimination, d’inclusion sociale, d’éducation pour tous, ainsi que le besoin de renforcer et d’améliorer l’accès à la justice pour les populations Roms. Par ailleurs, il a également été prévu de créer un programme de formation de plus de mille médiateurs Roms qui assureront une assistance juridique et administrative aux Roms. M Thorbjorn souligne qu’il espère fortement que ces médiateurs « feront une véritable différence, ils sont le lien le plus directe entre nos standards et la réalité des Roms ».