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LIBRE EXPRESSION par VoltaireOnline.eu en partenariat avec l'association Master Politiques Européennes de l'IEP de Strasbourg LA POLOGNE FACE AU TRAITE DE LISBONNE : un enjeu de politique extérieure pour un défi de politique intérieure par Vanessa Mermet Lech
KaczynskiAu lendemain d’un énième rappel à l’ordre du Président de l’Union Européenne Nicolas Sarkozy envers la Pologne, afin que cette dernière ratifie le Traité de Lisbonne, le Président Polonais Lech Kaczynski ne semble pas prêt à modifier sa position. En effet, c’est lui-même qui bloque, depuis juillet 2008, le processus de ratification du nouveau Traité par son pays, dans le but de réaffirmer sa position dans le débat politique interne et importuner son principal adversaire, le Premier Ministre Donald Tusk. Rien de surprenant de la part de Lech Kaczynski : les connaisseurs se souviendront de l’ère des frères jumeaux au pouvoir, l’un, Lech, en tant que Président, et l’autre, Jaroslaw, Premier Ministre, dont l’euroscepticisme déclaré apparaissait comme la volonté exprimée des citoyens polonais. Poussés par la coalition de leur parti, Droit et Justice (PiS), avec les ultraconservateurs de la Ligue des Familles Polonaises et l’extrême droite d’Autodéfense, les deux frères ont fait de leur pays le symbole du souverainisme obstiné en négociant systématiquement sa position au Conseil Européen. Cependant, les dernières élections parlementaires d’octobre 2007 ont montré un autre visage de la Pologne : celui d’une population europhile, profondément démocrate, qui a exprimé sa volonté de changement en votant en masse pour le parti centriste Plate-forme Civique. Le porteur de cet élan réactionnaire à l’ultra conservatisme des frères Kaczynski est Donald Tusk, devenu ainsi Premier Ministre et symbole d’une nouvelle Pologne tournée vers l’Union Européenne, ce qui fût par la suite confirmé par la politique libérale-démocrate de son gouvernement. Donald
TuskAprès plusieurs mois de silence et d’effacement quasi-total, le Président Kaczynski trouva en le Traité de Lisbonne un moyen de revenir sur le devant de la scène politique polonaise ; il s’érigea donc en défenseur des courants eurosceptiques et protecteur des « valeurs polonaises », auxquelles selon lui portait atteinte la Charte des Droits Fondamentaux incluse dans le Traité. Afin de faire connaitre son action, il prononça un discours télévisé le 17 mars, dans lequel il expliquait au peuple polonais les méfaits que cette Charte pourrait avoir sur la Pologne, l’accusant d’importer dans le pays le mariage homosexuel et d’autoriser les Allemands de Silésie expulsés en 1945 à revendiquer leurs biens confisqués à l’époque. Sa tentative de regagner l’opinion publique ayant échoué, il fut contraint de négocier avec le Parlement, lequel, dans une résolution sans force obligatoire, proclama le respect des « traditions chrétiennes » de la Pologne, la supériorité de la Constitution polonaise sur le droit européen et s’engagea à modifier la loi fondamentale afin de donner davantage de pouvoirs au Président de la République dans les matières européennes. Ce compromis trouvé, le Président autorisa la Diète à voter, ratifiant le Traité le 1e avril 2008. Le Sénat fit de même trois jours plus tard. Cependant, la Constitution polonaise veut qu’en dernière instance, tout Traité soit signé par le Président lui-même, ceci sans délai imposé. Or, une approbation immédiate de Kaczynski aurait signifié à la fois la perte d’un des « chevaux de bataille » du parti du Président (PiS), à savoir le souverainisme et la méfiance envers l’Union Européenne, et la capitulation du Président devant un Premier Ministre, par ailleurs habile et populaire. Une victoire sans conteste de Donald Tusk aurait ainsi renforcé sa popularité, son électorat et ses fonctions, tout en affaiblissant le camp eurosceptique. Pourtant accusé par l’opinion publique polonaise de vouloir faire de son pays la « bête noire » de l’Europe, il temporisa jusqu’aux résultats du référendum irlandais qui lui donnèrent l’impulsion nécessaire pour affirmer sa position. Il profita donc de la date inaugurale de la Présidence française de l’UE pour annoncer publiquement qu’il ne ratifiera pas le Traité, constituant ainsi, avec les Irlandais et le Président Tchèque Vaclav Klaus, un noyau dur de souverainistes réfractaires au Traité de Lisbonne. Président
Tchèque Vaclav KlausLech Kaczynski s’engagea ainsi dans un double duel : le premier, interne, avec Donald Tusk qui l’a appelé plusieurs fois à revenir sur sa position, selon lui nuisible à la Pologne et son rôle en Europe ; le second, sur la scène européenne, avec la Présidence française par qui il a été sommé, à de nombreuses reprises, d’arrêter le blocage de son pays et de ratifier le Traité. Cette position était pourtant censée être l’occasion pour le Président polonais de paraître pour l’opinion publique comme le dissident héroïque, protecteur de la Pologne et défenseur de la vision irlandaise de la « nation souveraine, libre et indépendante », menacée par les velléités expansionnistes d’une Europe hégémonique. Toutefois, l’effet attendu n’a pas eu lieu, et le pari de Kaczynski a échoué. En effet, selon un sondage effectué au mois d’octobre par la TNS OBOP, 52% de l’électorat polonais se déclare en faveur du parti de Donald Tusk, Plate-forme Civique, contre 25% soutenant le parti présidentiel, Droit et Justice. Ces chiffres démontrent que l’opinion publique polonaise est fatiguée par le discours conservateur, et y préfère la vision du Premier Ministre d’une Pologne forte parce que constructive au sein de l’Europe. Cependant, le Président Kaczynski a annoncé le 13 décembre qu’il comptait garder le silence vis-à-vis du Traité de Lisbonne lors du Sommet de Bruxelles, clôturant la Présidence française. Ainsi, s’il a perdu pour le moment son duel avec le Premier Ministre, Lech Kaczynski sort vainqueur de son bras de fer avec la France. Rien n’est pourtant joué : un nouveau référendum irlandais, si positif, obligerait le Président polonais à quitter sa position, à condition que le Traité ne soit pas enseveli par une subversion de son allié eurosceptique et futur Président de l’Union Européenne Vaclav Klaus. |