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CINEMA par VoltaireOnline.eu

Thomas Grube-réalisateur-©VoltaireOnline
VOYAGE EN ASIE OU EN QUÊTE d'HARMONIE :
un film-documentaire de Thomas GRUBE avec l'Orchestre philharmonique de Berlin et Sir Simon RATTLE (prix Berlinale Special du Festival de Berlin).

VoltaireOnline.eu a rencontré Thomas Grube pour la sortie de "Trip to Asia ou en Quête d'harmonie". Un film sensible où le voyage se déroule surtout à l'intérieur de l'Orchestre Philharmonique de Berlin (considéré comme l'orchestre le plus prestigieux du monde). Une introspection menée avec intelligence sur des personnalités hors du commun, qui ont aussi leurs fragilités. Ces fragilités, parfois ces blessures de leur enfance ont peut-être contribué à leur passion. Les musiciens nous livrent en effet, cette passion pour la musique et leurs interrogations sur leur vie. Ce regard sensible de Thomas Grube, restitue grâce à une photographie et des plans soignés, des instants de vie d'un orchestre avec authenticité. On partage avec une émotion réelle le concert à Taipei, où des dizaines de milliers de jeunes vibrent au son de la musique classique. Une leçon d'humilité par rapport à d'autres cultures, en mesure de s'étonner, de s'enthousiasmer de manière spontanée . Thomas Grube réussit à innover par une forme de documentaire-fiction, un film qui restitue avec justesse et patience des émotions, celle de la musique, de l'orchestre et du public. "Voyage en Asie ou en Quête d'harmonie" est en version originale sous-titrée, avec des interviews en allemand ou en anglais, ce qui permet de mieux partager ces moments de vie. (Stefan Ferney VoltaireOnline.eu)
INTERVIEW THOMAS GRUBE par Gilles Dretsch & Stefan Ferney
©VoltaireOnline
Quels furent les temps forts de cette tournée de l'orchestre philharmonique de Berlin en Asie ?

Ceci a commencé très difficilement sur l’aéroport de Berlin… En effet, il était interdit de faire atterrir un Jumbo-Jet à Berlin et l’Orchestre Philharmonique de Berlin avait réservé un énorme avion de cargo. En fait, il s’agissait d’une entreprise énorme de transporter 200 personnes pour cette tournée en Asie. Le moment le plus fort, comme on le voit dans le film, fut le concert à Tapei. En effet, 20 à 30000 personnes attendaient dehors devant la salle de concert pour saluer l'orchestre. L'atmosphère était comme celle d'un concert pop. Ce concert était tout particulier de par son public, car si je peux dire, il ne s'agissait pas de la typologie habituelle d'un public de concerts de musique classique, mais d'un public de jeunes gens se distinguant par leur curiosité et leur sincérité. Ceci m'a rappelé presque le temps juste après la chute du mur de Berlin ou ce que j'ai souvent vécu en Pologne ou dans les pays de l'Est. Il s'agissait avant tout de cette curiosité, de cette ouverture, loin de cette "saturation", que nous rencontrons parfois dans nos cultures à l'Ouest. En effet, nous avons tendance à l'Ouest, de donner l'impression de tout savoir et de tout connaître. Nous avons rencontré là bas des jeunes gens avec une formidable curiosité. Il s'agissait d'un moment qui nous a énormément touché. Ce séjour à Tapei a été un moment qui nous a trés touché. Je crois que l'Orchestre Philharmonique de Berlin n'a jamais vécu un tel accueil par essentiellement des jeunes gens. On rencontre de nombreux fans au Japon ou en Corée ou des "gruppies" tels que l'on connaît en Europe, mais un accueil avec une telle intensité et une telle joie était quelque chose de vraiment exceptionnel.
Quelles ont été les lignes conductrices de votre film par rapport à l'orchestre et aux musiciens ?
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Je suis allé pour le tournage de ce film, comme pour une expédition. Il s'agissait pour moi, vraiment d'un monde inexplicable.Tout le monde affirmait que l'Orchestre Philharmonique de Berlin était unique; un orchestre différent de tout autre orchestre. Je me demandais quel pouvait être le secret caché derrière cette orchestre.?
Il y avait 126 artistes, 126 musiciens figurant parmi les meilleurs de sa discipline et étant tous des solistes d'un niveau mondial. Comment se pouvait-il que ces personnes puissent partager leur personnalité artistique avec le reste de la communauté. Mon sentiment était alors, du moins de mon point de vue, que ceci devait conduire ces artistes vers une forme de frustration. Par conséquent, je me suis posé la question : comment était-il possible avec une telle frustration, de fournir le meilleur travail et être excellent? Tout ceci me semblait être une totale contradiction. Dans cet état d'esprit, je suis parti avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin, mais aussi en étant énormément impressionné par une telle musique. Il s'agissait d'une sorte de "vie de héros", ceci m'a conduit à me demander ce qu'était un héros. Je crois que l'héroisme suppose que l'on puisse triompher du côté sombre, être assez courageux pour affronter ce monde ténébreux et enfin peut-être trouver la lumière. Par ailleurs, je savais dans quelles villes l'orchestre allait jouer et le programme musical de chacun de ces concerts. Il y avait ces musiciens aux personnalités incroyablement fortes qui m'ont accueilli avec une très grande ouverture. Cette authenticité m'a permis de les regarder comme des êtres humains. Ceci m'a peut-être éviter d'être découragé et de les regarder de bas en haut, avec dévotion, comme des Dieux de la la culture. J'ai essayé de découvrir les êtres humains derrière ces fortes personnalités et je crois qu'ils l'ont remarqué. La chronologie du voyage est resté dans le film comme dans la réalité. Au début, Pékin et la dernière ville Tokyo. Pour moi, ce film constitue une sorte de parabole de la vie. Ceci peut en effet, représenter un cycle de la vie, de la naissance à la mort. Il s'agit peut-être d'une représentation universelle de la vie, en plus, d'un portrait de
l'Orchestre Philharmonique de Berlin.
Comment avez-vous traduit dans votre film la magie de l'orchestre et vos propres sentiments ?
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Le précédent film, "Rhytm is it!", a été la première coopération avec l'orchestre et a posé les fondations de ce film. Pour moi, il était inconcevable, d'arriver à être aussi proche, aussi intime avec cette orchestre. Il y avait une image de perfection, d'infaillibilité empreinte des années Karajan. L'Orchestre Philharmonique de Berlin ne faisait aucune faute, en conséquence, il était interdit de filmer les répétitions. En effet, fautes signifient faiblesses incompatibles avec le meilleur orchestre du monde. Ceci aurait été ennuyeux pour moi et je crois pour les autres personnes, car être un héros signifie pouvoir montrer ses faiblesses et par delà, son humanité. Cette confiance de l'orchestre était indispensable. Pour un orchestre d'une telle position, considéré comme le phare de la musique classique, ceci demande beaucoup de courage. En effet, il faut énormément courage pour s'ouvrir aux caméras de tournage et montrer les faces blessées. Cette situation a été possible, car mon premier film ne les a pas déçu. Le premier film avait pour sujet des jeunes des quartiers difficiles de Berlin jamais en contact avec la musique classique. Ils ont eu la chance dans le cadre d'un projet de pouvoir danser le "Sacre du Printemps" sur scène accompagné par l'Orchestre Philharmonique de Berlin. Il s'agissait d'un film pour lequel personne ne croyait, en particulier, les financiers. On me disait que personne ne serait intéressée à voir des enfants danser sur scène. Ce film a connu un formidable succès en Allemagne et dans d'autres pays. Il n'a pas été encore distribué en France et j'espère qu'il le sera. Quand on monte ensemble un film -pour lequel personne ne croit- et que l'on connaît ensemble le succès en "mouillant sa chemise", ceci établit un précédent. Ainsi, cette expérience a posé les bases de "Trip to Asia" a ouvert des portes et j'ai saisi la chance de pouvoir avancer d'un pas supplémentaire. Pour répondre à votre question sur le secret de cet orchestre, je crois qu'il réside aussi dans cette capacité de trouver un chemin médian. Il s'agit d'un chemin qui permet de garder sa propre personnalité et malgré tout, être une partie de la communauté. Ceci ne signifie pas se dissoudre dans le groupe, mais conserver sa personnalité en prenant en compte les autres membres de l'orchestre. Je crois, c'est le cas de l'Orchestre Philharmonique de Berlin. Chaque membre garde son individualité et en même temps, apporte cette individualité dans la musique de l'orchestre, ceci explique finalement ce résultat.
De votre point de vue, pourquoi l'orchestre philharmonique de Berlin est l'un des plus grands orchestres du monde voire le plus grand ?
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Ceci est lié au recrutement des membres de l'orchestre et a cette période probatoire. Les personnalités qui intègrent l'orchestre et surmontent ce processus sont de trés fortes personnalités. Ces personnes doivent avoir un égo très fort, une personnalité marquée, une volonté incroyable et une grande rage pour atteindre la perfection. En même temps, ceux-ci doivent avoir la capacité de se mettre à la place de leurs voisins et de les écouter. Ils doivent "ouvrir grandes leurs oreilles" et cultiver en même temps, leur propre personnalité. Ceci est possible seulement pour très peu de personnes. Il y a beaucoup d'excellents musiciens, mais rares sont ceux survivant dans cet orchestre. Le temps probatoire - fixé à deux années- permet de vérifier pour l'ensemble de l'orchestre que le candidat répond à ces critères. Il s'agit d'un processus très dur, le musicien doit surmonter énormément de pression et être capable d'une grande volonté. Celui qui réussit acquière une structure particulière de sa personnalité. Un musicien m'a dit qu'il s'agissait dans beaucoup d'orchestres, de jouer exactement ensemble les mêmes notes, la même intonation, le même phrasé. Les musiciens de
l'Orchestre Philharmonique de Berlin combine à la fois leur propre interprétation et ce qu'il entende autour d'eux. Ainsi, les notes ne sont pas jouées simultanément de manière strictement identique, mais légèrement décalés les unes avec les autres. Ceci crée cette magie. Il ne s'agit pas de simplement "faire son job", mais pour chacun d'assumer tous ensemble cette énorme responsabilité. En outre, il s'agit d'une sorte de forum totalement démocratique, car chacun décide du choix des musiques, du contenu du programme et du choix du Chef d'Orchestre. Chaque musicien a son mot à dire. Ceci implique un trés fort sentiment responsabilité de chacun pour le groupe et chacun est à l'écoute de l'autre. Ceci se traduit aussi par une grande compréhension envers les autres et une estime de soi. Cette alchimie permet l'impossible et à l'extraordinaire de devenir réalité.
En quoi les réactions du public asiatique est-il différent de celui du public européen ?
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Il s'agit d'une question importante que je me suis posé. En fait, on ne peut pas poser la question de manière globale pour l'Asie, car la Corée est différente de la Chine ou du Japon ou de Taiwan. Chacun de ses pays a ses spécificités. Il a été pour moi très passionnant, de percevoir les différences entre ces cultures. A Taiwan, ce qui m'a frappé est cette curiosité, malgré une expérience moins forte avec la musique classique que le Japon. Le Japon connaît très bien le Philharmonique. En effet, depuis 1954,
l'Orchestre Philharmonique de Berlin se rend régulièrement au Japon où se trouvent des experts de la musique classique. Au Japon, l'atmosphère est trés sérieuse. Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié la Chine avec un public sensible et direct. Les réactions ne sont pas trop intellectualisées et sont ouvertes aux sentiments, comme la joie. Ainsi, on ne peut considérer le public asiatique d'un seul bloc. En Allemagne, le public est parfois peut-être un peu trop sérieux, car il s'agit avant tout d'avoir du plaisir en écoutant la musique. Il s'agit de sensations, de compassion et de sensibilité. La partie intellectuelle n'est qu'une composante d'un ensemble qui a beaucoup à voir avec le coeur et les "tripes". Quelquefois, j'ai l'impression qu'en Allemagne les "tripes" et la tête sont trop séparés. C'est aussi ce que j'ai voulu faire partager avec ce film; la musique n'est pas réservée à des passionnés mais s'adresse à tous. J'ai été aussi un jeune homme qui ignorait cette musique, qui pensait que la musique classique était seulement destinée aux personnes âgées et sérieuses. J'ai été très inspiré par Léonard Bernstein et par le fait que la musique permet de transmettre la joie et le plaisir.
Quels conseils pourriez-vous donner aux étudiants européens qui souhaiteraient travailler dans une équipe de tournage?
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Pour ma part, je n'ai pas suivi d'études de cinéma, malgré deux tentatives. Puis, je me suis décidé de "sauter dans l'eau froide" et opter pour le "Learning by doing". Un film est en grande partie le travail d'un artisan, au sens littéral du terme. Je pourrai peutêtre conseiller de saisir chaque chance qui s'offre, comme par exemple, commencer par des tâches modestes. Il ne faut pas croire que l'on doit tout de suite être réalisateur, mais suivre chaque chemin qu'il est possible de suivre. J'ai été conducteur, j'ai préparé des "Brötschen", fais de la direction de photographie. Peu à peu, j'ai trouvé ma voie et fondé ma propre entreprise. Je me suis ensuite dit :" Je me sens assez mûr pour réaliser mon premier film". Il n'y a pas de chemin normalisé ou balisé. L'école cinématographique ne constitue pas en elle-même une garantie. Ceci dépend plus du fait d'être convaincu au plus profond de soi-même. Lorsque l'on ressent une obligation et qu'il n'y a aucune autre alternative, on est sur la bonne voie. Je crois qu'il est de même pour le cinéma ou la musique ou toute autre forme d'art. Quand on ressent ce qu'on doit le faire, on pourra convaincre les autres et trouver sa propre voie. Le plus important est en soi-même et de se poser les questions : "Qu'est-ce que je veux réellement ? Qu'ai-je à dire? Quelle contribution puis-je apporter?". Quand on a trouvé les réponses à ces questions, on trouvera sa voie et on saura comment atteindre son objectif.

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